J’ai coaché plus de 500 personnes, des dirigeants en séminaire aux athlètes de haut niveau, et dirigé comme head coach l’équipe nationale chinoise de surf. Le talent les amène sur la ligne de départ. Voici ce qui les transforme en champions : le mindset et l’écosystème.
Dris Mhammedi · 15 août 2026 · 8 min de lecture
Depuis des années, j’accompagne des gens qui veulent performer.
Des dirigeants et des équipes en séminaire. Des entrepreneurs. Et des athlètes de plusieurs disciplines, dont des surfeurs. Plus de 500 personnes au total, dans des mondes très différents. Parmi les plus marquants : Lani Strijbosch, que j’ai accompagnée jusqu’au titre de championne du monde de jiu-jitsu brésilien, Giada Legati, surfeuse italienne sur le circuit QS, et l’équipe nationale chinoise de surf, que j’ai dirigée comme head coach pendant quatre mois, six jours sur sept, à l’approche de l’entrée du surf aux Jeux olympiques.
De tout ce parcours, une chose ressort, la même chez le dirigeant et chez le surfeur : à haut niveau, le talent est partout. Ce qui distingue ceux qui deviennent des champions se joue ailleurs.
Le talent t’amène sur la ligne de départ. Trois choses te font franchir la ligne d’arrivée : ta tête, l’écosystème autour de toi, et une vie plus large que ton seul sport. Voici ce que le terrain m’a appris sur chacune.
La tête décide, le corps exécute
Dans mon travail, une règle revient partout : la performance se joue d’abord dans la tête. Selon les athlètes, j’estime la part du mental entre 80 et 90 %. Le corps exécute ce que la tête a décidé.
Regarde une compétition de surf. Entre deux surfeuses au même niveau technique, celle qui gère sa tête gagne. Avec Giada, sur le circuit QS, on a construit une routine d’avant-série de 45 secondes : respiration carrée, posture d’ancrage, rappel de ses meilleurs états, plan pour sa première vague. Le résultat se voit dans l’eau : une confiance qui revient à volonté, série après série, et un rebond bien plus rapide après une erreur ou une décision de juge défavorable.
Avec l’équipe chinoise, j’ai vu la même vérité à l’échelle d’un groupe. Des athlètes qui surfaient depuis un ou deux ans à peine, mais dont l’expérience préalable dans d’autres sports nautiques, notamment la voile et le windsurf, leur donnait déjà une vraie aisance dans l’eau. Ce qui les a fait progresser si vite tenait plus à leur état d’esprit qu’à leur talent : une pratique intentionnelle, un travail acharné, et un mental qu’on entraîne comme un muscle. Nos après-midi passaient autant par la psychologie, l’imagerie mentale et la respiration que par les vagues du matin.
La progression vient de la pratique intentionnelle et du travail.
Et cette tête-là se pilote. Change ta posture et ta respiration, et tes émotions bougent. Change tes émotions, et tes pensées suivent. J’accompagne aussi des dirigeants, et les compétences sont identiques. Un PDG avant un conseil d’administration et un surfeur avant une finale mènent le même combat : rester calme, concentré et décidé au moment qui compte.
Un champion pousse dans un écosystème
Derrière chaque champion, il y a un système. Une famille qui soutient le rêve, une fédération qui structure, des sponsors qui rendent le parcours possible, des coaches qui transforment un talent brut en performance, une communauté qui porte.
Prends Lani. Ses parents m’ont contacté pour l’accompagner, très tôt. On a commencé par les fondations : ses valeurs, son « pourquoi », des objectifs alignés sur ce qui compte vraiment pour elle. Ensuite la structure : routines du matin, rituels du soir, récupération, imagerie mentale pour la technique, capacité à entrer dans un état de haute performance sur commande. Puis l’autonomie et la régularité, avec un débrief avant et après chaque compétition. Le tout en gardant l’équilibre entre les études, la famille, le sport et la vie sociale. Elle a décroché une bourse dans une grande université américaine, et un titre de championne du monde.
Le meilleur cadeau qu’un coach puisse faire à un athlète, c’est l’autonomie. Un athlète qui sait se corriger, décider et se relever seul devient un meilleur compétiteur, et une meilleure personne.
Ici, on connaît cette vérité par cœur. Ramzi Boukhiam, premier Marocain aux Jeux olympiques, premier Arabe sur le circuit mondial, s’est appuyé sur tout un environnement pour arriver là. C’est exactement pour ça que, chez Rip Curl Maroc, on investit dans l’écosystème autant que dans les athlètes eux-mêmes : le programme Riders, la Grom Search, le mentorat. On prépare la terre où le talent pousse.
Les champions vivent plus large que leur sport
Les meilleurs athlètes pratiquent presque toujours plusieurs disciplines. Dans l’équipe chinoise, beaucoup venaient de la voile ou du windsurf, et une partie de notre préparation à terre passait par le surf-skate. Kelly Slater, lui, s’entraîne au jiu-jitsu, à la boxe, au golf et au yoga.
Ces sports se transfèrent directement dans ton surf. Le skate affine ta sensation de planche et ton flow. La natation renforce ton aisance dans l’eau et ton endurance. L’escalade et la gym développent le contrôle du corps. Les arts martiaux installent le calme et la respiration. Chaque discipline ajoute une brique.
Pour les plus jeunes, la variété fabrique l’athlète complet : une base physique plus large, le plaisir intact, une meilleure protection contre les blessures. C’est toute la thèse de Range, le livre de David Epstein : dans la plupart des domaines, ceux qui explorent large avant de se spécialiser finissent par dépasser ceux qui se sont enfermés tôt dans une seule voie. Roger Federer a touché à une foule de sports avant de choisir le tennis. Le détour construit le champion. La variété protège aussi la tête. Lani a construit son titre mondial en gardant de la place pour ses études, sa famille et ses amis. Un athlète qui nourrit sa vie de plusieurs choses arrive à la compétition plus léger, plus libre, et performe mieux pour ça.
Ce que ça veut dire pour toi
La bonne nouvelle, c’est que tout ça se construit, dès maintenant, où que tu sois.
Entraîne ta tête comme tu entraînes ton corps. Installe tes routines. Entoure-toi de gens qui te soutiennent. Touche à d’autres sports. Et garde le plaisir au centre, parce qu’un athlète qui aime le jeu dure plus longtemps que celui qui court seulement après le résultat.
Les vagues sont déjà là. Le talent aussi, j’en croise chaque semaine sur nos côtes. La tête et l’écosystème, voilà ce qu’on bâtit ensemble. C’est là que se fabriquent les champions marocains de demain, une session, une routine, un jeune à la fois.